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Vous êtes sur le GuiReu's Web, bienvenue ! C'est un modeste blog consacré à la musique classique et écrit par un jeune mélomane. Alimenté au fur et à mesure de nos découvertes musicales, ce site parlera de disques, d'interprètes, de compositeurs, d'oeuvres et de toutes autres choses inutiles et absolument sans intêret. Nous vous souhaitons malgré cela un bon surf musical.

Toute la trés grande équipe du GuiReu's Web.

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N'hésitez pas à faire un détour par

Autour de la musique classique , le meilleur forum francophone sur... la musique classique, vous vous en doutiez...

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Carnets sur sol  , un endroit lugubre tenu par des lutins sous-traités en Chine traitant de trucs vraiment bizarres. De plus, c'est la première compagnie opératique monocorde et multi-usages de tous les temps. Lecture vivement conseillée, trés instructive.

Lundi 19 avril 1 19 /04 /Avr 21:38

Petit article où nous ferons part de notre enthousiasme suite à la découverte d'un enregistrement de la Femme sans Ombre (die Frau ohne Schatten, abrégé en Frosch) de Richard Strauss particulièrement réussi, passionnant de bout en bout. Coïncidence (ou pas), il s'agit encore de Rysanek...

 

Juste un petit mot sur l'oeuvre : réputée touffue, trop longue, elle n'est pas souvent jouée. C'est vrai qu'elle assez longue et que le livret est trés bavard. Les beautés de l'oeuvre sont pourtant nombreuses, surtout à ses deux extrêmités : la première scène de l'acte I et la dernière moitié de l'acte III. Elle a souvent été trés coupée, jusqu'aux enregistrements de Solti et de Sawallisch.

 

I. Présentation de l'enregistrement

 

Il s'agit d'une captation sur le vif d'une soirée d'octobre 1977, au Staatsoper de Vienne. Karl Böhm dirigeait l'Orchestre du Staatsoper.

La distribution est composée de :

 

Leonie Rysanek - Impératrice

James King - Empereur

Ruth Hesse - Nourrice

Birgit Nilsson - Teinturière

Walter Berry - Barak

 

L'oeuvre est coupée à hauteur d'une vingtaine de minutes, mais ce n'est pas ce qui nous intéressera ici.

 

Ce qui nous intéressera, c'est l'ambiance électrique de cette soirée avec une équipe vocale et un orchestre déchaînés qui nous font croire jusqu'au bout à l'oeuvre. C'est par contre un peu le bazar ce soir-là : amateurs de finesse, de délicatesse s'abstenir. Ce sont des voix trés typées, qu'on peut aimer ou ne pas aimer.

 

scan0031.jpg

L'Equipe au moment des saluts : penché, on reconnaît le vieux maestro Karl Böhm,  derrière lui Walter Berry et Birgit Nilsson en couple de teinturiers, et enfin Leonie Rysanek.

 

Soirée électrique donc, que nous n'évoquerons que trop rapidement, faute de mots suffisants pour pouvoir décrire l'enthousiasme indescriptible qui règne ce soir-là.

 

Incontestablement, Leonie Rysanek est ce soir-là, géniale. Au I, elle affiche de légers problèmes d'aigu, au III, déchirée et déchirante, elle se donne comme rarement, à tel point que le silence aprés son bestial Ich - will - nicht prend valeur de "ouf" de soulagement.

 

James King est un Empereur magnifique, sincère, enthousiaste, capable de puissance mais également de nuances. Trés belle expression. Et c'est émouvant de revoir ces deux-là en scène aprés leurs Wälsungen à Bayreuth.

 

Ruth Hesse n'est que satisfaisante. La fin de la scène 1 la voit effacée, fatiguée peut-être. Elle négocie mieux la fin de l'acte ainsi que le II pour s'effacer face à Rysanek dans les étendues immenses du III.

 

Birgit Nilsson est une magnifique Teinturière, qui n'a pas peur d'ouvrir les vannes, tout en gardant son timbre d'airain. Elle incarne comme rarement, sort d'elle-même pour nous livrer un poignant acte III.

Il faut dire qu'elle est drôlement bien assortie avec le Barak idéal en tous points de Walter Berry. On ne pense qu'à un mot : humain.

 

Orchestralement, nous sommes loin des sonorités soyeuses (et un peu précieuses) de son studio. L'orchestre se fait tout à tour chaleureux, menaçant, sombre, assourdissant. Le maestro Karl Böhm tient cependant fermement l'orchestre et sait lui imposer les qualités d'allant et d'urgence qu'on lui connaît en live. (cf Ring, Tristan, Rosenkavalier, Vaisseau fantôme)

 

II. Se procurer cette merveille

 

Ce disque est de nouveau (aprés une période de relâchement) disponible à peu prés partout, à partir de 25-30€, ce qui reste honnête. Il contient un petit livret en allemand et en anglais (ainsi qu'un résumé de l'action en français) mais pas de livret traduit dans notre langue, ce qui constitue bien évidemment un obstacle majeur à la compréhension de l'oeuvre de Strauss et Hoffmannsthal.

 

Bien évidemment, il est disponible sur MusicMe en écoute gratuite et libre.

 

Pour le livret traduit, l'Avant Scène Opéra de cette oeuvre se commande ici : vous disposerez du livret traduit, de nombreuses photos N&B, d'articles et du détail des leitmotive.

 

 

Bonne écoute !

Par GuiReu - Publié dans : Richard...Strauss
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Dimanche 18 avril 7 18 /04 /Avr 21:09

Le GW vous offre de télécharger un disque libre de droits : la Walkyrie, dirigée par Hans Knappertsbusch. Ca se passe en 1958, à Bayreuth, et c'est publié chez Walhall. Cela va nous permettre d'introduire le cycle consacré à Leonie Rysanek à venir.

 

 

Pourquoi est ce libre de droits ? Cela a été radiodiffusé en 1958. La loi sur les droits d'auteurs "voisins" précise que tombent dans le domaine public les enregistrements radiodiffusés ou publiés aprés 50 ans. C'est donc tombé dans le domaine public le 1er janvier 2009. Par ailleurs, Walhall ne publie que des enregistrements libres de droits.

 

1. Une grande soirée...

 

Au premier abord, la lenteur de la direction (la Walkyrie dure 4h au lieu de 3h30 pour Böhm) vous déroutera nécessairement. Aprés, on s'y habitue et on découvre une direction habitée, soutenant la tension d'un bout à l'autre du drame.

 

A l'acte I, c'est l'extase. Siegmund et Sieglinde sont Jon Vickers et Leonie Rysanek, deux jumeaux sauvages, et qui portent ce premier acte jusqu'à sa nécessaire acmé. Rysanek est prodigieuse : on y reviendra.

 

A l'acte II, deux habitués du Neues Bayreuth entrent : Hans Hotter et Astrid Varnay, le Walvater et sa fille adorée. Cela fait déja 6 ans qu'ils interprètent ces rôles chaque été à Bayreuth. On les a vu dans leur fraîche jeunesse (l'enregistrement de Seidler-Winkler pour le jeune Wotan de Hotter, ceux du Met pendant la guerre pour Varnay), leur maturité bayreuthienne n'est plus loin (Krauss 53 ou Keilberth 55). Irrémédiablement, leurs timbres sont moins splendides qu'en 53, mais ils sont encore plus engagés, et font passer des défauts grâce à leur charisme. Hotter déclinera dés 1960, Varnay aussi.

 

S'ajoute à ces deux paires la Fricka majestueuse de Rita Gorr et le Hunding efficace de l'omniprésent Josef Greindl.

 

Bref, une trés grande soirée, surtout que les autres du Neues Bayreuth (à part Böhm) n'affichent jamais un tel couple de jumeaux : aprés Rysanek/Treptow, Borkh/Treptow, Resnik/Vinay, Brouwenstjin/Windgassen qui se sont succédé avec plus ou moins de bonheur, nous avons là deux jumeaux parfaits.

 

2. que vous pouvez télécharger dès maintenant

 

Aprés cette mise en bouche, nous vous donnons le lien où télécharger cette Walküre. Le fichier pèse 211 Mo. Nous avons encodé en WMA (Windows Media Audio) pour limiter la compression.

 

lien : http://www.megaupload.com/?d=5FXDHYQG

 

Bonne écoute wagnérienne !

 

 

Par ailleurs, nous réfléchissons à mettre en ligne le reste du cycle, tout aussi admirable, avec un Or du Rhin somptueux, un Crépuscule apocalyptique et un Siegfried intéressant.

Par GuiReu - Publié dans : Le monde de Monsieur Wagner
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Dimanche 18 avril 7 18 /04 /Avr 10:51

Pour accompagner votre lecture de façon festive, Friedenstag, choeur final  paroxystique dans la version dirigée par Wolfgang Sawallisch (EMI) seule disponible sur Deezer, moins réussie que Sinopoli, même dans ses élans de joie.

 

CSS en a déja fait l'évocation, mais nous ne pouvions résister à la tentation de marquer notre retour en ces lieux par un petit compte-rendu de ce Friedenstag de Richard Strauss, découvert récemment.

 

1. C'est quoi, Friedenstag ?

 

Richard Strauss, peinture de Max Liebermann, 1918 (à l'époque de la Femme sans Ombre donc)

 

Jour de paix (Friedens-tag) a été composé à partir de 1936 par un Strauss déja âgé, et représenté en 1938. Le contexte est important ici : Strauss a été privé par les nazis de Zweig et dû se contenter de Joseph Gregor pour librettiste. Le compositeur était en sérieuse perte de vitesse auprés du régime aprés avoir écrit une lettre à Zweig interceptée par la Gestapo, dans laquelle il disait qu'il se contentait de "mimer" son poste de président de la Reichmusikkammer.


Friedenstag se place donc dans les opéras de Strauss aprés Arabella (1933) et die Schweigsame Frau (1935) et avant Daphne (1938), Die Liebe der Danae (1940) et Capriccio (1942).

 

L'oeuvre dure 1h15. L'action se déroule le 24 octobre 1648, dans une citadelle assiégé. Les personnages principaux sont l'héroïque mais inflexible Commandant (baryton) et sa femme Marie (soprano). Le Commandant menace de faire sauter la citadelle avec lui pour ne pas perdre son honneur, lorsque l'ennemi entre dans la cité : la paix a été signée à Münster.

Le livret est donc de Joseph Gregor mais l'idée est bel et bien de Stefan Zweig.

 

2. Pourquoi écouter cette oeuvre ?

 

Pour sa  synthèse straussienne tout d'abord : la première heure alterne les styles et les genres. Nous passons d'une chanson de ténor italien (caricature du ténor chère à Strauss - cf Rosenkavalier, Intermezzo ou Capriccio), à un duo d'amour (un peu longuet), jusqu'au choeur du peuple réclamant du pain. On ne sait pas trop de quoi rapprocher cette heure variée : il y a à la fois du Strauss percutant (Salomé ou Elektra) et sirupeux.

 

Mais surtout, l'immense intêret de l'oeuvre tient à son délirant final, son quart d'heure d'exultation absolue. Vous en écoutez déja (cf haut de la page) l'optimiste choeur de conclusion. ("N'ayez crainte, soyez confiants, osez regarder la lumière divine") Cette exultation non retenue est une première (ou presque) chez Strauss, qui brise toujours ses élans de joie, comme ceux de Chrysothémis dans Elektra. D'aucuns parlent d'une ressemblance avec Mahler : nous ne connaissons pas assez ce compositeur pour confirmer.

 

L'oeuvre a été jouée 130 fois entre 1938 et 1940, elle est même presque devenue un emblème du régime. A l'heure où Hitler multipliait les provocations et extensions territoriales, pourquoi les nazis ont-ils porté au pinnacle une oeuvre où la paix est tant celébrée ? Nul n'a la réponse à cette question, si ce n'est que, pour le fonctionnaire chargé de l'examiner, "son pacifisme est aussi celui du Führer"...

 

3. Quelle version écouter ?

 

Contrairement à d'autres oeuvres straussiennes, le marché est loin d'être saturé d'enregistrements de Friedenstag...

 

Il existe à notre connaissance trois versions. Nous aurions bien voulu écouter la version Krauss 1939, apparement difficilement trouvable dans la collection Wiener Staatsoper de Koch Schwann, bénéficiant de la présence de l'auguste chef, du grand Hans Hotter, de Viorica Ursuleac et d'Anton Dermota.

 

La version Sawallisch 1989 (EMI) semble disponible et trouvable, nous ne savons cependant pas si le livret y est traduit en français. Nous avons entendu des échos mitigés sur cette version, prise sur le vif.

 

Reste donc la splendide version Sinopoli 1999, avec Voigt et Dohmen. Un des derniers enregistrements du chef, et une grande réussite qui rend parfaitement justice à l'oeuvre. L'édition DG avec livret (et textes de spécialistes) se trouve à partir de 35€ en occasion (à vous de voir), mais Briliant va la ressortir. Nous ne savons pas si un livret sera fourni : s'il est fourni, peu de chances qu'il soit traduit en français...

 

Nous vous tiendrons au courant dans les commentaires de cet article si nous disposons de plus d'informations sur cette réedition.

 

Pour vous faire une idée, MusicMe propose les versions Sinopoli et Sawallisch en libre écoute.

 

 

Bonne écoute !

 

 

Wagt es zu denken,

wagt zu vertrauen

wagt in das göttliche

Leuchten zu schauen !

Die uns erschüttern

die uns noch blenden,

Zeichen sind es,

die niemals enden !

Brücken, die wir

zu beschreiten nicht wagen

leicht werden sie

die Zukunft ertragen.

Wagt es zu denken,

wagt zu vertrauen

schwelgt in gewaltgem

Liebesumfassen !

Ströme des Herzens,

endloser Jubel !

Flamme der Liebe

aufwärts, aufwärts -

Herrscher Geist, zu dir !

 

(tout de même, Gregor a plutôt réussi ce texte...)

Par GuiReu - Publié dans : Richard...Strauss
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Samedi 8 août 6 08 /08 /Août 14:33
Aprés une petite semaine dans le terroir bourguignon, le GW reprend à partir de mercredi des vacances zum Rhein (sur le Rhin) et sera de retour le 24 août avec de nouveaux articles (et peut-être un cette semaine).

Nous vous promettons trés fort de saluer bien bas les Gibichungen et autres Wälsungen que nous aurions le loisir de rencontrer, et de ne pas nous pencher au bord du fleuve pour chercher le Verfluchter Reif et le Reines Gold.

Nous fétons au passage la naissance de la nouvelle rubrique "Apropos GuiReusWeb", pour les billets d'intendance.




Heda ! Heda ! Hedo !

Par GuiReu - Publié dans : Apropos GuiReusWeb
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Vendredi 31 juillet 5 31 /07 /Juil 20:56
Il nous a quittés l'année dernière à l'âge de 87 ans, le ténor sicilien Giuseppe di Stefano, cette personnalité si attachante, que nous adorons en ces lieux, et à qui nous devons cette hommage.


Pippo di Stefano, en 1954

Il est né le 24 juillet 1921, prés de Catane, en Sicile. Il suit quelques cours de chant durant sa jeunesse, mais en 1940, la Seconde Guerre Mondiale éclate. Pippo est fait prisonnier en Allemagne (je ne sais pas dans quelles circonstances), mais s'évade en Suisse. Il participe à une émission du camp de réfugiés, et Radio Lausanne l'engage alors sur le champ(nt)

Il revient à Milan, prend des cours et enregistre des chansons italiennes. Surtout, il fait ses débuts à la scène dans le rôle de Des Grieux du Manon de Massenet en 1945.

Il étend progressivement son répertoire, allant jusqu'au duc de Mantoue. Mais en 1951, il rencontre Maria Callas et Tito Gobbi à Mexico.


Giuseppe di Stefano et MMC

C'est alors le début de la dream team Callas-Gobbi-di Stefano, qui enregistrera de nombreux disques, dont la Tosca dirigée par Victor de Sabata en mars 1953. Mais Callas et di Stefano se brouillent lors des débuts de Callas au Metropolitan Opera en 1956. Dans un article de couverture destructeur du Time sur la cantatrice grecque, di Stefano déclare qu'il ne veut "plus jamais chanter avec elle".
6 mois plus tard, il enregistrera Manon Lescaut avec elle.
Mais les brouilles de Callas avec son entourage étaient fréquentes, on le sait.

A coté de Maria Callas, di Stefano poursuit sa carrière, chantant un répertoire trés large, allant de Calaf (en 1961, avec Nilsson), Don José (en français ! en 1955, avec Simionato), Mario (aux cotés de L. Price) ou encore Nemorino.
C'est aussi un partenaire régulier de Tebaldi. Sans posséder le format de Del Monaco, le timbre de Corelli, il s'impose grâce à son timbre solaire, son investissement dramatique, sa diction trés claire (même en français). Il possède une franchise et une générosité qui compensent son relatif manque de technique.


Avec Maria Callas, vers 1973

Le déclin arrive bien tôt, causé probablement par sa technique peu orthodoxe, ses prises de rôles risquées. En 1965, sa carrière est déja terminée, à l'heure même où Maria Callas fait ses adieux à l'Opéra.

Mais 1973 sonne l'heure des come-back, et Maria Callas met alors en scène les Vêpres Siciliennes à Parme, assisté de Pippo. Il lui propose alors un disque de duos, et une tournée internationale.

Le duo, que l'on dit à l'époque intimement attaché, n'a plus vraiment les moyens vocaux. C'est un véritable chant du cygne (dont on possède même des vidéos !), et le 11 novembre 1974, Sapporo est le dernier endroit du monde où Maria Callas chanta devant un public.


26 novembre 1973, Londres, avec Maria Callas

Di Stefano apparaît encore en Altoum (Turandot) en 1992, aux Thermes de Caracalla. En 2006, il est victime d'une agression au Kenya. Il meurt le 3 mars 2008.

Par GuiReu - Publié dans : Portraits de gens biens
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Vendredi 31 juillet 5 31 /07 /Juil 12:48

Maria Callas en décembre 1957, dans "Un bal masqué" de Verdi

Maria Callas n'aborda qu'un nombre limité de rôles dans sa carrière, mais cette Amelia du Bal Masqué eu la particularité d'être travaillée d'abord au studio avant de subir l'expérience de la scène. A cette époque, Callas multipliait les sessions d'enregistrements en studio, fixant des rôles au disque (Norma, Tosca ou encore Médée), ou enregistrant des rôles qui, scèniquement, ne l'intéressaient pas. (Nedda, Mimi, Manon Lescaut) On se rappelle de l'influence déterminante qu'eut Walter Legge, mari d'Elizabeth Schwarzkopf et directeur d'EMI/Angel sur la carrière discographique de la diva assoluta ; c'est un peu grâce à lui que le mythe est aussi présent encore aujourd'hui.

Un ballo in maschera, crée en 1859, est un opéra de la maturité de Verdi, que nous aimons beaucoup au GW, parce qu'il est tout simplement verdien, et que en dépit d'un livret d'un intêret moyen, l'économie dramatique et l'invention mélodique verdiennes y trouvent leur apogée.
Il fait suite au Grand Opéra à la française "Les Vêpres siciliennes" (que nous nous ferons un plaisir d'évoquer ultérieurement) et à l'opéra novateur "Simon Boccanegra".

Verdi situait le livret original dans la Suède de Gustave III, i.e vers 1792. Il s'inspire de l'assassinat de ce dernier par le comte Anckärström. Seulement, comme pour Rigoletto, dans cette Italie qui sort à peine du joug autrichien, la censure veille, et oblige Verdi à déplacer son drame en Amérique, à Boston. Gustave III est dégradé Comte de Warwick (Riccardo). Renato (Anckärström), son meilleur ami, croit que sa femme l'a trahi avec le comte, et assassine ce dernier.

Le rôle d'Amelia, femme d'Anckärström et amoureuse de Riccardo, aura pour célèbres titulaires Birgit Nilsson, Margaret Price, Montserrat Caballé, Leontyne Price et surtout Maria Callas, inégalée.

La chanteuse à son apogée offre déja une incarnation poussée en studio.
Dès son entrée, accompagnée par des traits de cordes (cf Traviata, arrivée de Violetta, final de l'acte II chez Flora) et sa première phrase "Segreta acerba cura" on est émerveillés.
Beauté ronde du timbre, phrasés toujours soigneux, clarté des mots, elle est déja Amelia. L'héroine apparaît sous chacune de ses facettes, désespérée ("Consentimi, o signore"), résolue ("Ecco l'orrido campo"), amoureuse ("Oh qual soave brivido"), implorante ("Morro, ma prima in grazia")
Dés lors, assurés de la présence de cette incarnation juste et vocalement irréprochable (sinon idéale),
on se décidera par les entourages et climats des deux enregistrements (un live, un studio) qu'EMI a mis sur le marché.


le studio de 1956

Dirigé par Antonino Votto, ce studio est d'une grande force. Dramatiquement, le chef brille à instaurer un climat avec l'Orchestre de la Scala, excellent.

Les chanteurs sont tous assez typés. Si Eugenia Ratti est un page un peu pénible (que nous retrouverons mieux éclairé sur le vif), Fedora Barbieri chante Ulrica, la sorcière, dans son arbre généalogique, avec des graves impressionnants.
On a déja dû parler de Tito Gobbi, baryton italien d'une classe certaine. Il n'aimait pas Renato, mais son incarnation est comme à l'habitude assumée. On peut lui reprocher encore une fois le chant un peu monolithique, mais c'est une question d'affinités vocales.

Le comte de Giuseppe di Stefano divisera encore plus les rangs. Il y a les glottophiles qui lui reprocheront ses aigus ouverts à toute berzingue, son manque d'orthodoxie et les autres, qui verront la séduction immédiate du timbre solaire et surtout, la franchise, la générosité à toute épreuve de ce sicilien.
Certes, Bergonzi est plus noble. Certes, Pavarotti possède un timbre plus riche. Mais l'investissement dramatique de di Stefano est supérieur, et on ne comprend toujours pas au GW l'acharnement des critiques à son encontre. (allant jusqu'à le qualifier de "piètre chanteur"). On se promet un petit billet prochainement sur lui.


Giuseppe di Stefano, un des plus grands ténors de tous les temps

Cet enregistrement studio est donc indispensable, gratifié en plus d'une superbe mono.


le live de 1957

Le 7 décembre 1957, jour de la Saint Ambroise, à Milan, c'est l'ouverture de la Scala. Gianandrea Gavazzeni est dans la fosse scaligère et insuffle à ce Bal Masqué un grain de folie.

Ettore Bastianini est merveilleux vocalement, par rapport à Gobbi, c'est cependant plus plat au niveau théatral. De même, Giuletta Simionato chante superbement, mais il lui manque le coté "vrai sorcière" que savait insuffler Barbieri.

Nous retrouvons notre couple star, en trés bonne forme, investi, gagné par la folie de la soirée.

C'est plus un complèment qu'un indispensable, mais on peut aussi commencer par là. Autre point positif, le son est plutôt bon. (sans commune mesure il est vrai avec le studio)


On l'a compris, Maria Callas aura marqué de la plus belle des façons ce magnifique rôle d'Amelia. Bien entourée à chaque fois, avec un bon chef dans la fosse, ces deux intégrales sont une pierre conséquente du legs Callas. A vous de choisir !

Et pour les curieux, voici une véritable
étude documentaire sur ces représentations du Bal Masqué, sur l'Amelia de Callas, en anglais, par le Callas Club.


Par GuiReu - Publié dans : Opéra italien XIXe-XXe
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Jeudi 30 juillet 4 30 /07 /Juil 14:16
...il vous faut absolument cet objet, vendu autour de...cinquante modiques euros :



Et pour une fois, croyez moi (et vous êtes témoins que je ne suis pas du tout payé par DECCA (:D)

Ce sont 33 CD, avec tous les opéras du maestro représentés à Bayreuth. (on ne donne en effet ni Liebesverbot, ni Feen, ni Rienzi sur la Colline verte, une tradition un peu bizarre et réac, mébon)

Et voici le contenu, issu du catalogue Philips pour la plupart, et depuis le rachat de cet éditeur, passé sous étiquette DECCA :


Le Vaisseau fantôme
avec Anja Silja, Franz Crass, Josef Greindl
Wolfgang Sawallisch - Bayreuth 1961

> Nous ne l'avons pas écouté en entier, mais cette version est réputée comme incendiaire, complètement déjantée, comme tous les enregistrements de maestro Sawa' à Bayreuth...



Tannhäuser
avec Wolfgang Windgassen, Anja Silja, Grace Bumbry et Eberhard Wächter
Wolfgang Sawallisch - Bayreuth 1962

> Excellent enregistrement, trés belle prise de son. Windgassen encore au sommet compose un Tannhäuser impressionnant ; Eberhard Wächter est poétique, élégiaque, stylé en Wolfram ; Grace Bumbry est charnelle et Anja Silja déjantée, comme d'habitude.



Lohengrin
avec Jess Thomas, Anja Silja, Ramon Vinay, Franz Crass
Wolfgang Sawallisch - Bayreuth 1961

> Encore une poudrière sawallischienne avec des habitués de Bayreuth.



Tristan et Isolde
avec Wolfgang Windgassen, Birgit Nilsson, Eberhard Wächter, Christa Ludwig
Karl Böhm - Bayreuth 1966

> Tout a été dit ou presque sur ce classique absolu. Nous ne pouvons que confirmer : c'est génial.



Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg
avec Karl Ridderbusch, Hans Sotin, Jean Cox
Silvio Varviso - Bayreuth 1974

> Passons rapidement sur la légère déception du coffret. Prenez plutôt Jochum 1975.



Mais surtout :

Le Ring du Nibelung
dirigé par Karl Böhm

qui se compose de :

L'Or du Rhin
avec Theo Adam, Wolfgang Windgassen, Annelies Burmeister, Gustav Neidlinger

La Walkyrie
avec Birgit Nilsson, Theo Adam, James King et Léonie Rysanek

Siegfried
avec Wolfgang Windgassen, Birgit Nilsson, Erwin Wohlfahrt, Theo Adam

Le Crépuscule des dieux
avec Wolfgang Windgassen, Birgit Nilsson, Josef Greindl, Thomas Stewart et Martha Mödl

> On parlera de ces 14 disques exceptionnels un autre jour. Le GW' en a fait son disque favori, au coté de la Tosca de Maria Callas -c'est dire.



et puis on termine avec

Parsifal
avec Waltraud Meier, Matti Salminen et Peter Hofmann
James Levine - Bayreuth 1985

que nous n'avons pas écouté.


Par GuiReu - Publié dans : Le monde de Monsieur Wagner
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Dimanche 28 juin 7 28 /06 /Juin 22:45



Tout d'abord, quelques mots "historiques". EMI a réalisé en 1959 un Don Giovanni célèbre et erigé en référence (à tort selon moi). Mais ces Noces, où l'on retrouve Wächter, Schwarzkopf, Taddei et le tout jeune Cappuccilli, sont moins connues et estimées.

Un mot sur Piero Cappuccilli (Antonio), qui deviendra, on se rappelle, LE baryton-Verdi de sa génération. Il a été embauché par Legge en 1959, pour cet enregistrement, pour deux avec Callas (Gioconda et Lucia) et pour le célèbre Don Giovanni dirigé par Giulini. Son chant est assez maniéré, un peu répetitif, mais il a une forte personnalité ; aprés, on aime ou on aime pas.
Son Antonio, le temps d'une apparition, sait orner l'arrière du CD en fait.

Eberhard Wächter (Almaviva) a été un des barytons caractéristiques de sa génération, avec grosso-modo les mêmes emplois que DFD (sans être aussi large). Ici, il est un Comte plein d'autorité, certes germanique mais trés fouillé. La diction est irréprochable.

Elizabeth Schwarzkopf (Comtesse), on ne la présente plus ; femme de Legge, "pistonnée" comme personne par le disque, radieuse de timbre, maniérée dans son expression. Elle est ici superbe, dans un de ses meilleurs rôles. Aprés, c'est une question de goût et elle divise l'opinion.

Giuseppe Taddei et Anna Moffo sont un trés grand couple Figaro-Suzanna. Elle, exquise, charnelle, pulpeuse, vivante ; lui, plein de morbidezza, d'esprit italien : un grand bonheur que ce couple !

Fiorenza Cossotto, mezzo d'exception, est un Chérubin radieux, magnifique de timbre, soignée dans l'expression. On passera sur le Bartolo d'Ivo Vinco, assez mitigé, une grosse voix qui n'exprime rien. (c'est le mari de la Cossotto, qui l'imposa à maintes reprises)

Ce qui émerveille ici, c'est avant tout la direction de Carlo-Maria Giulini, fine, détaillée, lyrique, intelligente : avec le Philarmonia, en son temps un des meilleurs orchestres d'Europe, il donne une cohésion et une force à l'ensemble. Assurément un immense atout, là où Böhm en studio sonne trop germanique.

Le tout tient sur 2 CDs bien remplis (prés de 2h40). Je n'ai pas repéré de coupures flagrantes, mais il y en a. Par ailleurs, les récitatifs sont assez rapidement dits, même si c'est de l'excellent niveau, surtout du coté de Moffo/Taddei.

Franchement, je ne vois pas pourquoi on conseille le Böhm de studio à tout va, le Kleiber à la distribution inadéquate (qui sent le studio en plus) alors qu'on dispose de cette intégrale Giulini; la meilleure pour moi de toute celles que j'ai écouté, d'un niveau exceptionnel, avec un orchestre et un plateau irréprochables.
Je conseille aussi le live Böhm de Salzbourg, exceptionnel. (qui plus est, la distribution est imbattable)

Prise de son : 10/10
Plateau : 8/10
Direction : 9/10
Drame : 7/10

LES NOCES DE FIGARO
Giuseppe Taddei (Figaro), Anna Moffo (Susanna), Elizabeth Schwarzkopf (Contessa), Eberhard Wächter (Almaviva), Fiorenza Cossotto (Cherubino), Ivo Vinco (Bartolo)
Carlo Maria Giulini/Philarmonia Orchestra
Studio 1959
EMI/ 0946 3 58602 2 1

(pas de livret, juste un petit fascicule)
Par GuiReu - Publié dans : Le divin Wolfy Mozart
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Dimanche 12 avril 7 12 /04 /Avr 12:32


C'est un disque devenu définitivement culte que nous allons chroniquer : la version de Victor de Sabata de l'opéra de Giacomo Puccini Tosca, enregistrée en 1953. Tosca est un opéra que nous apprécions énormément, et surtout par le biais de ce disque, devenu un des indispensables du disque et  la plus conseillée, la plus vénérée des cent-deux Tosca officiellement parues.

Maria Callas disait "ce rôle arrive en dernier sur la liste de mes préférences", pourtant c'est à notre avis là où elle atteint les sommets du génie, bien que définitivement indispensable en Violetta, Norma ou Lucia.
C'est aussi le rôle le mieux documenté de sa carrière, avec ainsi rien de moins que trois (!) deuxièmes actes captés par la télévision au Met' en 1956 (avec George London), à Paris en 1958 et à Covent Garden en 1964. (ces deux derniers bénéficiant de l'excellent Tito Gobbi, rien de moins que le seul concurrent sérieux dans le rôle à Ruggero Raimondi et Sherril Milnes...) Il est ainsi difficile de ne pas assimiler la cantatrice romaine à la Divine, et surtout dans le présent enregistrement.

En 1953, la cantatrice gréco-américaine a 30 ans. Elle atteint le point d'équilibre entre vocalité et dramatisme et jusqu'en 1958 ce seront ses meilleures années, magnifiées par le disque studio et live. C'est donc tout naturellement qu'elle vient à nous dans ce disque, par des Mario ! Mario ! délicats et urgents. Le duo qui suit est un point d'achèvement parfait, ainsi la voci delle cose formidablement soulignée avec une expression bellinienne et une ligne vocale adéquate.
Sa seconde apparition dans le premier acte fait entendre un registre dramatique ample et digne de la plus grande tragédienne du XXe siècle. La voix est magnifique, solidement déployée et empreinte d'une délicatesse et d'une tristesse qui font taire les détracteurs du timbre de Callas !

Moins d'hédonisme sonore mais plus de drame dans le deuxième acte. Il faut évoquer ici le Scarpia maléfique et brutal de Tito Gobbi, baryton italien qui s'accorde parfaitement et s'oppose avec force à la divine dans ces quarante minutes de tension. On peut trouver plus vocal (Milnes), plus calculateur (Raimondi) mais c'est trés habité tout au long du rôle.

Culminant dans un vissi d'arte dense et trés lyrique, ce deuxième acte trouve une justesse de ton inégalée dans cet enregistrement. Jamais trop d'exhubérance, et au final l'efficacité dramatique portée à son maximum par l'orchestre et les chanteurs.

Giuseppe di Stefano est un Mario lyrique, jeune, portée par son timbre solaire, sa gentilesse et sa générosité naturelle et qui rivalise et dépasse les "gros calibres" de l'époque que sont del Monaco et Corelli. Les Vittoria ! sont tout à faits remarquables (on sent l'effort cependant), mais le lamento du troisième acte et le duo qui suit sont définitivement là où le ténor sicilien réussit le mieux son Cavaradossi et nous émeut le plus. Il trouve lui aussi dans cet enregistrement son apogée stylistique et vocale et fera beaucoup, beaucoup moins bien dans l'enregistrement, en 1962, de Karajan.

Ces merveilles sont secondées par un orchestre de la Scala fabuleux et transfiguré par le chef, ainsi sans atteindre la richesse d'un Karajan, le chef Victor de Sabata donne une intensité inouie au drame et sait tirer le meilleur parti de cet orchestre trés professionnel. C'est plus qu'un chef de "routine" (Rescigno, Cleva, Mugnai...), c'est un des grands chefs italiens de ces années-là.
A notre avis le sommet absolu orchestral et émotionnel est atteint dans le dernier duo d'amour, juste aprés E Lucevan.

Il faut le dire, cette Tosca est servie par la plus belle prise de son qui soit, trés claire, mystérieuse, sans grésillement, ni souffle. Propre, mais engagée, en somme.

Ainsi, cette Tosca idyllique nous emporte totalement dans ces deux heures de drames sanglants et de passions meurtrières. Nous sommes au coeur de la légende callassienne dans ces bandes...qui se révèlent indispensables voire même obligatoires dans toute discothèque digne de ce nom.

Concernant les éditions : Il existe au moins 5/6 éditions différentes de cet enregistrement. La plus complète, c'est à notre avis dans la collection Great Recordings of the century , EMI (cf image supra) qu'elle se trouve. Le prix peut en être élevé, aussi trouve t-on un pressage NAXOS (surement remasterisé), plus économique. EMI l'a aussi ressorti sous pochette old school (style vinyle) à un prix trés correct.
Il circule aussi, comme les autres disques Callas (pochette noire trés belle) une édition EMI officielle.



Par GuiReu - Publié dans : Opéra italien XIXe-XXe
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Vendredi 27 février 5 27 /02 /Fév 18:38

Première partie : la distribution

Seconde partie : orchestre et conception d'ensemble

Nous comparons ici la version Giulini de 1970 et la version Karajan de 1979. La distribution et l'orchestre avait donné un avantage à Giulini pour son équilibre et sa théatralité, même si Karajan affichait une distribution plus prestigieuse. Quelques scènes pour se faire une idée maintenant. Les actes donnés entre parenthèses sont ceux de la version en 5 actes.



I. La scène de l'Inquisiteur (ACTE IV)

Deux scènes chacune d'une grande classe, mais Karajan est d'une splendeur et d'un grandiose qui, transcendant Ghiaurov et Raimondi, offre une scène épique, enveloppé d'un halo de mystère, de noirceur et carrément . Giulini est aussi trés bon, offrant une scène plus précise mais son Inquisiteur, Foiani, manque clairement de la finesse (et de la cruauté) que peut avoir Raimondi.

A défaut d'une scène Raimondi/Raimondi, on préférera Karajan (Raimondi/Ghiaurov) dirigée de façon totalement mystique. Giulini est à hauteur d'homme ici.



II. L'autodafé (ACTE III)

La fanfare de Karajan explose ici tout, même les chanteurs et oublie le véritable objet de la scène, qui est un obligé du grand Opéra à la française. Si on peut trouver un dynamisme et une classe certaine à Karajan, la prise de son, le bruit démesuré de son orchestre ne font pas le poids face à Giulini. Le chef italien offre une scène magnifique et précise, parfaitement égale niveau prise de son, et avantageant les choeurs, même les moins forts, face à un Karajan qui les noient.

Giulini réalise ici un sublime sans-faute, dosant la lourdeur imposée d'une telle scène, tout en étant d'une finesse et d'une précision remarquable. Les ingénieurs du son d'Abbey Road ont également réalisé un travail sublime.


III. "Dio che nell'alma" (ACTE II)

Ce duo fonctionne essentiellement grâce au ténor et au baryton, mais c'est aussi l'affaire du chef, qui ne doit pas noyer les chanteurs dans la masse sonore. Nous avons affaire ici à deux équipes diamétralement opposées.

Chez Karajan, José Carreras réalise de beaux aigus et fait une performance excellente aux courbes mélodiques sublimes. Cappuccilli est nettement moins bon, et tous deux ne sont pas avantagés par la prise de son absolument catastrophique, c'est à peine si on entend les choeurs dérrière et José Van Dam se méler dans le duo. On garde cette version essentiellement pour Carreras, en fait.

Chez Giulini, Placido Domingo choisit le jeu collectif (comme toute l'Equipe de cette version) avec un Sherril Milnes comme on en voit rarement, et marient leurs voix qu'on est à peine étonné de les revoir si souvent ensemble au disque ! Pas de sublimes courbes et crêtes à la Carreras ici, Domingo est beaucoup moins rayonnant dans les aigus, mais la prise de son l'avantage grandement. Notons un Simon Estes en Charles Quint terrifiant dans sa voix, se mariant le temps d'un instant avec Sherril et Placido, dans une prise de son qui, redisons le encore une fois, est SU-BLIME.

Avantage Giulini, mais Karajan fait bonne figure tout de même.


III. "Ella giammai m'amo" (ACTE IV)

Comparer un air revient à comparer deux chanteurs, et pour clore un tel exercice quoi de mieux que d'opposer les deux plus grands Philippe II du dernier demi-siècle ?
Ruggero Raimondi (Giulini), réalise ici un de ses meilleurs airs. Mélancolique, tourmenté, il campe avec sa voix de velours tout en nuances un Philippe dans la fleur de l'âge. Il est glaçant et Giulini le suit avec un bonheur extraordinaire.
Nicolai Ghiaurov (Karajan) est un peu décevant ici : certes trés bon, il est beaucoup plus en plein jeu que Raimondi et, on s'en doutait moins fin et surement pas avantagé par Karajan et la prise de son. Il reste cependant trés efficace.

Avantage Raimondi, pour son incarnation, mais Ghiaurov est tout de même trés bon.



CONCLUSION :

GIULINI : 19/20
Prise de son sublime
Equipe fonctionnant parfaitement
Raimondi en Philippe II : incarnation parfaite
Théâtre constamment présent
Giulini précis et concret

KARAJAN : 12/20
Prise de son franchement passable
Equipe de trés bon niveau
Scène de l'Inquisiteur sublimée
Studio, mais  vraiment studio.
Karajan bruyant



Par GuiReu - Publié dans : Opéra italien XIXe-XXe
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